DIASPORAS ET AFRITECH

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Par Marc Jézégabel
Directeur de la rédaction de FORBES AFRIQUE

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) ne cessent de redessiner les relations entre les diasporas et les pays d’origine. Ce n’est pas seulement le vecteur de nouveaux liens, plus simples et plus fréquents, pour lesquels le cyber café est devenu le point névralgique, en attendant la généralisation des connexions individualisées, c’est aussi un moyen par lequel l’organisation des diasporas elles-mêmes s’en trouve bouleversée. Il facilite l’intégration dans les pays d’accueil pour les nouveaux venus. Les prises de contact sont plus souples, plus évidentes, plus directes. Les initiatives de toutes natures se multiplient et surtout les distances s’effacent en partie avec les communautés d’origine. Les nouvelles générations, naturellement à l’aise dans cet univers digital, deviennent les intermédiaires privilégiés, et les moteurs d’initiatives qui renforcent les liens avec des cultures qu’ils se réapproprient par ce biais. Et ce bouleversement n’a pas encore démontré tout son potentiel. Loin s’en faut. Mais tous les ingrédients se mettent en place pour une explosion salutaire de ce processus en cours. Sur l’ensemble du continent africain

Le numérique explose. Les promesses deviennent réalités. Même plus vite que prévu. Presque partout sur le vaste continent, les conditions d’un formidable coup d’accélérateur sont réunies. Le triptyque gagnant suppose la conjonction de trois types de protagonistes : des talents, des infrastructures et des opérateurs mondiaux. Des milliers de jeunes entrepreneurs africains qui fourmillent d’idées et d’énergie sont déjà dans les starting-blocks. Parfois formés dans les pays européens, aux États-Unis ou au Canada, ils reviennent au pays avec des projets, un réseau et les contacts qui permettent aux start-ups de démarrer, avant de décoller pour les plus performantes. De leur côté, les États mettent en place des plans de développement numérique ambitieux. Ils s’appellent « Sénégal émergent » à Dakar, Le Plan Nici au Rwanda, « Maroc numérique 2020 » ou encore l’ambition Kenya 2030… En Cote d’Ivoire par exemple, le nombre d’internautes est passé de 200 000 en 2011à 8 millions quatre ans plus tard, la barre des 10 millions sera franchie dans quelques mois. Le pays a annoncé la réalisation d’un réseau de fibres optiques de 7000 Km d’ici 2018. Les infrastructures avancent à l’échelon national, la prochaine étape sera de créer des connexions régionales, et à terme continentales. Le troisième ingrédient, qui jusque-là manquait au paysage, c’est l’arrivée  des grands opérateurs privés planétaires. Google s’est engagé en avril dernier (2016) à former au numérique un million d’Africains en un an, y compris dans des pays actuellement en retard du point de vue de leur intégration numérique. Mais déjà tous les majors du secteur sont déjà implantés : Microsoft, Huawei, IBM, Alcatel-Lucent… Ils rejoignent ainsi les opérateurs téléphoniques. Or les deux démarchent sont complémentaires. L’actuel boom de la téléphonie, avec plus de 160 opérateurs, n’est pas encore arrivé à maturité. Les coûts pour l’utilisateur doivent encore baisser et ainsi démocratiser l’accès à Internet pour le plus grand nombre. Ce qui permettra naturellement de renforcer les liens avec la diaspora où qu’elle soit dans le monde. Plusieurs études ont démontré qu’en Afrique, plus de 70% des abonnés à la téléphonie mobile accèdent à la toile via leurs smart phones. L’avenir des deux secteurs est donc indissolublement lié. Regroupements et mariages feront, comme partout ailleurs, les beaux jours de cette révolution numérique en marche, le chinois Huawei incarne l’intégration la plus aboutie entre téléphonie et numérique. L’esprit Tech essaime des hubs dédiés aux technologies de l’information dans la plupart des capitales africaines, telles des ruches high-tech d’où émergent les pépites de l’inventivité de la génération Internet. Avec un dynamisme qui place l’Afrique à la pointe de certaines innovations. À l’instar du mobile banking. En 2030, selon Bill Gates deux milliards d’individus dans le monde utiliseront leurs téléphones mobiles pour épargner, emprunter et effectuer des paiements. Déjà le portable est devenu avec la « fin tech » un outil puissant de e-inclusion. Une technologie qui permet également aux Africains de la diaspora d’aider directement leur famille en prenant en charge leurs dépenses de la vie courante, et évidemment de procéder à des transferts d’argent. Mais ce processus a d’ores et déjà produit également de jolies initiatives florissantes dans le monde de l’e-business.

Avec un taux de pénétration de 50%, l’Afrique représentera un marché de 600 millions d’internautes. Nous n’y sommes pas tout à fait. Seule une petite élite de cinq ou pays flirte avec cet objectif, quand une bonne dizaine d’États sont encore sous le seuil des 10%. Mais cette filière possède un potentiel de développement extrêmement rapide : à l’horizon 2025, l’Internet devrait contribuer à hauteur de 300 milliards de dollars à l’économie du continent, dont 75 milliards pour le commerce en ligne (étude McKinsey). Et encore, les retombées directement économiques ne représentent qu’une partie de ce bouleversement des sociétés connectées : agritech, meditech, e-formation ou encore e-santé, l’impact des nouvelles technologies touche tous les secteurs de la vie. Rien que pour le domaine agricole, l’apport des nouvelles technologies permet d’envisager de quadrupler les récoltes. Plus globalement, le processus en avançant génère lui-même des innovations en cascade. Et la promesse n’est pas pour demain. Le processus est déjà enclenché. Il suffit juste d’accélérer.

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